Sport et Citoyenneté

L’enquête « Black Book Eastern Europe » dénonçant les mauvais traitements dont sont victimes les joueurs des pays de l’Est a été dévoilée par la FIFpro : l’UEFA et la FIFA sont invités à réagir.

 

 

Si en Europe de l’ouest, les joueurs de foot professionnels sont des privilégiés, il semblerait que cela ne soit pas le cas dans l’Est. Dans son livre noir des pays de l’Est, présenté ce mardi à Bruxelles devant les membres de la Commission Européenne, du Parlement Européen et d’Europol, la FIFPro (syndicat international des joueurs professionnels) a mené une enquête en effectuant un sondage anonyme auprès de 3 357 joueurs professionnels évoluant en première division d’Europe de l’Est. Ce livre noir révèle les mauvais traitements, les pressions et les menaces dont sont victimes les footballeurs des pays de l’Est. (voir la vidéo)

Quelques chiffres

  • au moins un footballeur par équipe est victime de violences physiques ou mentales
  • 15% des joueurs ont été forcés de s’entraîner tout seuls (séparés du reste de l’équipe)
  • 10,2 % des joueurs ont été victimes d’intimidation et de harcèlement
  • 41,4 % ont déclaré ne pas recevoir leur salaire à temps. C’est au Monténégro (94 %) et en Grèce (67,5 %) que la situation est la plus critique
  • 11,7 % ont reconnu avoir subi des violences (dont 33 % à l’initiative de leur club) et 10,2 % des brimades physiques ou psychologiques
  • 9,6 % se sont dit victimes de discriminations raciales. Dans 55,8 % des cas, les supporters sont en cause. Suivent les dirigeants (13,3 %) et les entraîneurs (8,3 %) !
  • 12 % des sondés avouent ainsi qu’ils ont un jour été approchés pour truquer délibérément le résultat d’un match. Ce taux monte à 34,3 % au Kazakhstan et à 30,3 % en Grèce.

Des déclarations chocs :

Le joueur serbe, Rodoljub Marjanovic : «Pendant six mois je n’ai pas été payé, puis on m’a forcé à mettre un terme à mon contrat auprès de la fédération serbe. J’ai voulu me défendre, mais le directeur financier du club m’a dit que je serais tué si je ne retirais pas ma plainte».

Dragisa Pejovic : « La direction du club m’a obligé à truquer des matches. On m’a menacé de me casser les deux jambes et les deux bras si je ne le faisais pas »

L’ancien Lensois Dejan Milovanovic, au sujet de son prêt à l’Étoile Rouge de Belgrade : « J’ai demandé pourquoi je ne touchais pas cette somme au président. Et j’ai été suspendu… Dans les médias, pour se justifier, ils ont raconté que je polluais l’atmosphère de l’équipe »

Le Monde, quant à lui, donne en exemple le cas du footballeur brésilien Roberto Carlos : acheté en 2011 par le club russe du FC Anzhi Makhachkala, le joueur métisse s’est en effet vu tendre une banane par un supporter lors d’un match à Saint-Pétersbourg.

Autant d’exemples qui prouvent bien le malaise social dans lequel évolent ces joueurs professionnels. La FIFPro souligne, «Ces joueurs harcelés ou maltraités deviennent autant de proies plus vulnérables à la corruption“. Elle indique également que les footballeurs concernés par des impayés ne “gagnent pas des centaines de milliers d’euros», mais ont des revenus moyens qui ne les rendent «pas indépendants financièrement». Or, «un joueur qui attend son salaire a plus de chances d’être approché pour manipuler un match. (…) L’étude montre que le nombre de joueurs contactés augmente à mesure qu’augmente la durée du non-paiement des salaires. Pas moins de 55 % des joueurs qui ont été approchés n’avaient pas reçu leur salaire à temps», développe le texte.

Le syndicat international des joueurs professionnels est désormais bien décidé à taper du poing sur la table pour faire reconnaitre ses droits, comme l’exprime Theo Van Segelen, son secrétaire général «Maintenant j’espère que Michel Platini, le président de l’UEFA, va convenir que la situation est alarmante et que le fair-play n’est pas suffisant pour y remédier. Mais il faut également que les gouvernements et les instances européennes prennent le problème à bras-le-corps».

Un véritable vent de revendication s’abat sur le football professionnel, qui pourrait aboutir à une grève internationale des joueurs. Ces derniers devront tenir bon pour ne pas céder aux pressions qui les attendent.

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