Sport et Citoyenneté

Le 12 février dernier la Zambie est entrée dans l’histoire en remportant la Coupe d’Afrique des Nations.

Qui aurait cru que cette modeste équipe allait accéder au titre tant convoité ? Peu de personnes auraient misé une pièce dessus, à commencer son sélectionneur qui débuta sa conférence de presse par ces paroles : « J’ai sorti des poubelles pendant huit ans et là, je suis en finale de la CAN. Le foot, c’est quand même magique, non ?»

Oui, le football peut offrir de bonnes surprises, la possibilité d’atteindre des objectifs les plus fous. Mais le sport en général aussi peut permettre de changer de vie, de catégorie sociale, d’accéder à un idéal et à des émotions que seul le sport peut nous procurer. De beaux destins comme celui de la Zambie nous laissent encore espérer que les « petits » aussi peuvent encore gagner. Que le courage, l’abnégation, la combattivité, la passion et la solidarité peuvent encore conduire à des victoires tant espérées.

A l’heure où une bulle financière dirige le football et où les dérives, comme le dopage ou les matchs truqués, sont de plus ne plus nombreuses, nous pouvons nous demander si l’incertitude du sport existe encore en Europe ? Est-il encore possible pour une équipe inférieure sur le papier de remporter un titre ? Ou cette place est-elle toujours réservée aux équipes ayants un plus gros budget ?

Cette question mérite d’être posée. En effet, il est rare de voir dans nos championnats européens une équipe dotée de petits budgets accéder à un titre. Nous connaissons certaines équipes qui créent l’exploit telles que l’équipe de Carquefou, club amateur de CFA 2, qui avait éliminé l’Olympique de Marseille en 8ème de finale de la Coupe de France, après avoir battu Nancy, autre club de Ligue 1 en 2008, mais malheureusement cela reste encore trop anecdotique.

Le modèle sportif européen est basé pourtant sur l’incertitude des résultats, qui donne l’espoir à n’importe quelle équipe de connaitre l’ascension sportive pour monter en division supérieure et d’accéder au titre. Ce n’est pas le cas de tous les championnats. Prenons l’exemple de la NBA aux Etats-Unis, qui lui a un système de championnat fermé où seules 30 franchises s’affrontent chaque année. Aucun autre collectif ne peut accéder à ce championnat même si elle prouve sportivement son mérite et aucune équipe de NBA ne peut descendre de niveau même si elle fait une saison médiocre. A l’issue de la saison sportive, toutes les équipes remettent leurs compteurs à zéro et une loterie positive en faveur de l’équipe la moins bien classée permet d’avoir accès au recrutement selon un classement de choix initiaux, ce qui est sensé rééquilibrer les niveaux du championnat pour l’année suivante. Deux modèles différents, qui ont chacun pour vocation d’assurer l’une des spécificités du sport, à savoir l’incertitude des résultats et l’égalité des chances pour procurer aux spectateurs un engagement émotionnel extraordinaire.

Mais dans un milieu où l’argent prédomine, où la réussite ou l’échec ont des conséquences financières colossales, comment pouvons-nous préserver l’incertitude du sport et le principe d’égalité que nous défendons tant ? Une chose est sûre, la légifération et la régulation des dérives inhérentes au sport pourront permettre d’assurer un sport plus équitable à tous les acteurs. Régulièrement, des affaires de corruption, de paris truqués affectent le monde du sport et surtout l’incertitude du résultat. Le dopage ou, plus récemment, des manipulations dans l’attribution de grands événements sportifs ont démontré qu’il était indispensable de mettre en œuvre des mesures de gouvernance assurant l’intégrité du sport. L’explosion des montants des transferts et des salaires liés aux investissements de plus en plus importants dans les sports les plus médiatiques amène les clubs à dépenser des sommes astronomiques, ce qui menace non seulement l’équité sportive mais aussi l’avenir même des clubs et des compétitions auxquelles ils participent.

La régulation financière est l’un des enjeux des années à suivre pour permettre au sport de rester ce qu’il est par essence un fait social unique.

Inès Boutar

 

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