Sport et Citoyenneté


En l’honneur de la journée internationale de la femme jeudi 8 mars 2012, quatre tables rondes sur les relations qu’entretiennent les femmes avec le sport à l’échelle française mais aussi européenne étaient organisées à Paris, à l’initiative du Ministre des Sports français David Douillet. Julian Jappert, Directeur du think tank Sport et Citoyenneté a été sollicité à cette occasion pour intervenir sur la table ronde Société : « La pratique de masse en France et en Europe, dans le cadre privé ou amateur. »

Des intervenants de divers horizons ont partagé leur vision sur le sport et les femmes à travers différentes approches : politique, économique et sociétale. L’intervention de Marie-Cécile Naves du Centre d’Analyse Stratégique a permis de dresser le cadre général du sujet, grâce à une analyse sociologique détaillée des différences entre les pratiques féminine et masculine. Elle a apporté ensuite quelques préconisations pour développer davantage le sport au féminin : « il faut vraiment que nous démocratisions la pratique féminine en développant davantage le sport pour tous ».

Sylvie Mouyon-Porte, chef du bureau des fédérations multisports, des activités sportives de nature et des pôles ressources au sein du Ministère des Sports a dressé l’historique complet des avancées obtenues par les femmes dans leur quête d’égalité vis-à-vis de leurs confrères masculins. L’occasion de parler des Jeux Olympiques Féminins de 1922, de l’instauration en 1984, 1998 et 2000 d’articles dans le Code du Sport visant à reconnaître la pratique féminine ou encore de la mise en place des groupes de travail au plus haut niveau de l’Etat pour développer cette thématique.

D’autres participants ont pu s’exprimer, comme Sophie Reynal, présidente d’HEC qui affirme qu’ « il faut permettre au femmes d’accéder au postes à responsabilité via la formation » et renchérit en appuyant le fait que « les femmes ne sont pas plus tendres que les hommes en affaire ». Fanny le Mancq, chercheur en sociologie du sport à l’INSEP éclaire ensuite l’assistance sur les facteurs sociaux, culturels, économiques et psychologiques qui influent sur la plus faible pratique des femmes. Elle rassure les femmes de l’auditoire en disant : « Arrêtez de croire que vous n’êtes pas capables. Des facteurs de socialisation primaire et secondaire sont à l’origine des différences hommes-femmes, mais nous pouvons les combattre »

Le micro fut tendu à Julian Jappert, qui eut à son tour l’opportunité de s’exprimer sur diverses thématiques comme l’accès aux postes à responsabilité : « Aucune présidente de fédération olympique en France. Nous avons en quelque sorte la cuillère en bois à ce niveau : cela doit changer ! ». Le directeur du think tank regrettait par ailleurs « l’hypersexualisation des femmes lorsqu’elles apparaissent dans les médias. J’aimerai voir des sportives dans les médias dans le contexte de leur pratique sportive. » Julian Jappert a terminé son discours en rappelant que l’article 51 de la Charte Olympique affirme qu’« aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique. ». Une intervention qui alimente le débat sur le port de signes religieux pour les prochains JO de Londres.

Julian Jappert a exposé entre autres plusieurs recommandations issues de la réflexion du think tank via son réseau européen Femmes et Sport :

  • Développer de nouvelles approches du sport, fondées sur d’autres motivations que les femmes incarnent : la santé, le bien-être, le loisir, etc.
  • Encourager le bénévolat dans le sport pour les jeunes filles, souvent le premier pas dans le monde sportif.
  • Inciter les médias à mettre en avant des modèles sportifs féminins et à médiatiser davantage les pratiques féminines.
  • Utiliser la fenêtre ouverte par la Stratégie européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2011-2014 pour encourager l’accès aux postes à responsabilité.
  • Proposer des quotas de représentation de femmes dans les conseils d’administration des fédérations européennes, sur le modèle de ce qu’a fait la Norvège en 2005 pour les entreprises.
  • Utiliser l’initiative citoyenne, nouvel instrument juridique disponible depuis le traité de Lisbonne pour demander une réelle application du principe d’égalité hommes/femmes inscrit dans les traités (possibilité pour un million de citoyens européens, en provenance d’un quart des Etats membres, d’inviter la Commission européenne à faire une proposition sur un sujet qui leur tient à cœur. Les premières initiatives citoyennes ne peuvent être lancées officiellement qu’à partir du 1er avril 2012.).

Des propositions entendues par le Ministre des Sports, qui, nous l’espérons, pourront être reprises dans de futurs programmes. David Douillet a quant à lui eu l’opportunité de débattre avec des championnes de différentes disciplines sportives: Sonia Bompastor, Sandrine Soubeyrand et Laure Boulleau de l’Equipe de France de football, Aya Cossoko, championne du monde de Boxe et Elodie Gueguan, de l’équipe de France d’athlétisme en demi-fond. Les thèmes de la maternité, de la psychologie adaptée aux femmes, l’amélioration de la formation, le rôle de modèle des parents et l’impact des résultats des sportives de haut niveau sur le sport pour tous ont été évoqués. David Douillet a rappelé l’importance de la convention d’objectif qu’il a mise en place, notamment pour favoriser le développement de la pratique féminine.

Les sportives ont lancé un appel à la promotion de la médiatisation féminine et au développement des structures et des moyens donnés aux femmes pour pratiquer.

Une journée de débats très riche et qui devrait porter ses fruits dans le combat que mènent les femmes depuis des années pour l’égalité homme-femme sur tous les terrains.

 

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