Sport et Citoyenneté

Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit international des Femmes et administratrice du think tank Sport et Citoyenneté vient de publier son livre « Femmes voilées aux Jeux Olympiques ».

Un récit d’un combat qui a débuté il y a vingt ans dans l’arène Olympique de Barcelone. Alors que ces jeux étaient synonymes de la réintégration de l’Afrique du Sud qui avait été exclue depuis 1970 pour cause d’Apartheid, assise derrière son écran de télévision, Annie Sugier est interloquée par les 38 délégations qui ne présentent que des hommes dans leurs délégations, dont 18 pays musulmans.

Cette discrimination, Annie Sugier ne peut pas la supporter. Elle décide alors de créer le 10 janvier 1995 le comité Athlanta+ avec deux autres femmes aux convictions bien marquées Anne-Marie Lizin et Linda Weil-Cureil.

Leur cheval de bataille : « refuser la participation aux Jeux Olympiques de 1996 aux pays qui excluent les femmes de leurs délégations d’athlètes », se basant sur le fait que la Charte du Comité International Olympique bannit autant les discriminations fondées sur la race que celles sur le sexe.

C’est alors qu’une grande campagne de lobbying, de communication se lance, qui durera des années, regroupant de personnes influentes (athlètes, leaders politiques, en France et à l’étranger, et institutions internationales) qui tantôt feront le choix de supporter cette cause et tantôt se retireront du combat car soumis à trop de pression.

Ces femmes Annie, Anne-Marie et Linda savent que la route sera longue, qu’elles avancent sur des terrains vaseux, marchant ainsi sur les plates-bandes de diplomates, s’interférant dans des conflits géopolitiques internationaux. C’est contre des leaders politiques tels que ceux l’Iran que ces femmes vont devoir s’attaquer. En effet, comment rester insensible aux propos d’Hachemi Rafsandjani en 1993 qui justifiait l’interdiction faite aux femmes de participer aux JO par la nécessité de préserver leur pureté et de « prévenir la corruption qui pourrait résulter de la présence simultanée d’hommes et de femmes athlètes dans un seul et même lieu » ?

 

Les grandes étapes « femmes et olympisme », suivies par le comité Athlanta+

La vision du droit des femmes et de la société de certains dirigeants ne pouvaient que s’opposer. L’une fondée sur les principes universels. L’autre sur la soumission du droit de femmes aux diktats religieux et culturels. Malgré de nombreuses embuches, les succès ne tardent pas à venir pour le comité Atlanta+, comme la résolution adoptée en 1996 par l’ONU, condamnant la discrimination à l’égard des femmes aux JO. Cette première victoire sera controversée car même si le nombre de délégation présentant des femmes a augmenté, les JO de 1996 marqueront le début d’un autre combat, celui du voile dans l’enceinte olympique. En effet, c’est aux JO d’Atlanta, que le porte-drapeau de la délégation iranienne, Lida Fariman apparaitra voilée de la tête aux pieds. En 2000, le CNO Afghan est suspendu par le CIO lors des Jeux Olympique de Sydney. Suite à une lutte effrénée qui a conduit à la chute des talibans, en 2004, aux JO d’Athènes, les femmes afghanes participent pour la première fois aux JO têtes nues. Ce qui contraste avec l’apparition voilée de l’ancienne championne de natation égyptienne Rania Elwani en tant que membre de la Commission des Athlètes du CIO. C’est aux JO de Pékin, en 2008, que le monde entier découvre avec stupéfaction (ou pas…) 14 délégations composées de femmes vêtues d’un costume islamique et trois délégations qui ne présentent toujours aucune femme dans leurs effectifs. Cette année là, les femmes ont accès au même nombre de sport que les hommes mais avec un nombre inférieur d’épreuves et de médailles ; elles représentent 29% du total en 1992 et 42% en 2008 à Pékin. C’est en 2010 que la FIFA se mouille en radiant l’équipe de football de l’Iran pour port du voile. Mais dès l’année suivante elle cède aux exigences de Téhéran, en les réintégrant. La FIFA se justifie en affirmant que le voile est un élément culturel et non religieux. les femmes sont donc autorisées à concourir à condition de porter un voile profilé et adapté à la pratique sportive. Enfin, cette année, en 2012, nous assistons à un rebondissement de l’ONU, qui par un communiqué de Wilfried Lemke, prône l’autorisation du hijab sur les terrains de football. Pour les JO de Londres, seule l’Arabie Saoudite ne devrait présenter aucune femme.

 

Des convictions mises à rudes épreuves

Au cours de leur lutte, de nouveaux phénomènes sont apparus. Au départ leur combat était fondé sur une égale représentation des athlètes féminins et masculins aux JO. Mais lorsque le voile et autres costumes islamiques ont fait leurs entrées dans l’arène olympique, leur combat s’est diversifié. En s’appuyant sur l’article 51 de la Charte olympique : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique. », Annie Sugier dénonce les pressions auxquelles le CIO a cédé. Depuis le début des années 70, des femmes iraniennes militent pour leur émancipation. De nombreuses athlètes ont su tenir tête à leur autorité et participer aux JO tête nues. Comment ne pas prendre en compte ce combat qui leur a parfois couté leur vie, celle de leur famille, un exil ?

Résumer « qu’il vaut mieux une femme qui pratique du sport voilée qu’une femme qui ne pratique pas » est un leurre. Ces femmes subissent des pressions inimaginables, elles sont pour la plupart privées de choix. Oui, ce voile, elles ne l’ont pas (toutes) choisi. On leur a imposé. Annie Sugier argumente « Qu’elles soient éventuellement handicapées ou stigmatisées par le costume islamique ne semble gêner personnes. » Ne nous voilons pas la face en affirmant que le voile est un élément culturel. Le voile est religieux. Annie Sugier respecte les traditions religieuses. Mais pas dans l’enceinte olympique.

C’est donc l’histoire de David contre Goliath qui vous est narrée dans cet ouvrage qui vous fera voyager dans les coulisses du CIO, où vous rencontrerez des personnes clés de l’histoire de l’olympisme et des femmes engagées dans le combat féministe.

 

Objectif Londres 2012

Ces femmes, ferventes militantes d’une égalité des droits entre les hommes et les femmes, revendiquent de voir toutes les délégations composées d’autant d’hommes, que de femmes, qu’il y ait le même nombre de médailles redistribuées, que 20% des instances dirigeantes soient composées de femmes, que le CIO bannisse les délégations composées uniquement d’hommes et arborant des signes politico-religieux, que le CIO ne soutienne plus les jeux internationaux de la ségrégation organisés par Téhéran uniquement pour et entre femmes et enfin de lutter contre les stéréotypes (sexisme, homophobie, transphobie), ségrégation entre JO et Jeux paralympiques, prostitution autour des Jeux). (Voir les 7 impératifs pour Londres 2012)

Rendez-vous le 25 juillet, 2 jours avant les JO, pour leur conférence de presse à Londres !

Le témoignage d’une lectrice

« Ce livre m’a retourné. Au départ j’étais sceptique. Je préfère que les femmes pratiquent voilées plutôt que pas du tout. Ca, c’était ce que je pensais avant de lire « Femmes voilées aux Jeux Olympiques ». Ce livre m’a convaincu. Il y a des combats de toute une vie, de plusieurs vies, qui méritent des sacrifices pendant un laps de temps pour atteindre les objectifs. Dans cette épopée, celle de la reconnaissance des femmes, faire des compromis, c’est accepter de l’idée que l’égalité n’est pas possible. Mais l’égalité doit être. Elle est inscrite dans les plus grands textes. L’entrée du voile aux Jeux Olympiques ouvre la porte à toutes les dérives. La religion doit rester au pas de cette porte. Nous devons nous battre pour les femmes puissent pratiquer du sport au même titre que les hommes, dans des arènes mixtes. La religion doit être un choix. Elle ne doit pas être imposée. Et le corps de la femme ne doit pas être hypersexualisé et à contrario ne peut pas non plus être couvert de la tête au pied. Cela entraine des risques concernant la sécurité de ces femmes et altère fortement leur performance sportive. Je recommande la lecture de cet ouvrage qui met fin aux préjugés sur ce combat. »

Signez la pétition “pour que les jeux de Londres soient ceux de l’Egalité Hommes/Femmes”

Plus d’informations

Inès Boutar

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