Sport et Citoyenneté

Un nouveau cas de racisme dans les stades a encore eu lieu dimanche dernier lors de la rencontre opposant Montpellier au FC Sochaux. Le jeune joueur de 22 ans, Ryad Boudebouz, évoluant depuis 11 ans dans le club sochalien, est sorti sous les huées de ses supporters clamant « Ryad dégage » ou encore « sale arabe ».

 

 

Le comportement discriminatoire de certains supporters des « jaunes et bleus » a fait jaser dans les chaumières et pas que. Le FC Sochaux a condamné la violence de leur propos tout comme la Licra (Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme), partenaire du think tank Sport et Citoyenneté, qui a diffusé largement un communiqué de presse en s’insurgeant de ce fait, qui malheureusement est trop souvent d’actualité. En effet, les stades ne sont que le miroir grossissant des difficultés rencontrées dans notre société. La violence et le racisme sont donc également un fléau à combattre.

Des instruments juridiques et des leviers d’action français et européens

Des éléments législatifs encadrent les dérives du racisme aussi bien France qu’en Europe. En effet, la France interdit[1] les propos diffamatoires ou insultants, qui incitent à la discrimination, à la haine, ou à la violence contre une personne ou un groupe de personnes en raison de leur lieu d’origine, de leur ethnie ou absence d’ethnie, de la nationalité, de la race ou d’une religion spécifique[2].

En prenant comme fondement l’article 21[3] du chapitre relatif à l’égalité de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui condamne toute forme de racisme, le Comité des Régions a reconnu dans le cadre de ses recommandations, l’utilité du sport pour la lutte contre les discriminations et les inégalités, tant dans le sport que dans la société en général, et qu’il peut promouvoir des valeurs sociales comme la coopération, la tolérance et la solidarité. La décision-cadre 2008/913/JAI du Conseil sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie constitue un instrument-clé dans la politique de l’Union contre le racisme et la xénophobie. Elle oblige les États membres à incriminer pénalement certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie.

Ces expressions sont malheureusement présentes dans nos sociétés, y compris sur les terrains du sport. Les États membres ont eu jusqu’au 28 novembre 2010 pour transposer la décision-cadre dans leurs législations. La Commission devra présenter en 2013 un rapport d’application de cette législation. Ces instruments juridiques doivent permettre de lutter contre toute forme de racisme de manière générale et plus particulièrement dans l’enceinte sportive, en les condamnant.

Des moyens mis à disposition des clubs pour éduquer les supporters

L’Etat se soucie déjà depuis plusieurs années des questions inhérentes au racisme et à la violence dans les stades. En effet, la secrétaire au sport, Rama Yade avait commandité en 2010 un livre vert du “supportérisme”. A l’issu de ce rapport, qui avait pour but de réfléchir à une politique globale de gestion des supporteurs de football, il est apparu « judicieux de coupler les mesures répressives et préventive avec la prise en compte de mesures éducatives et sociales [4]».

Et c’est justement sur le volet préventif que les clubs ont une grosse carte à jouer. Grâce aux subventions publiques des collectivités territoriales, les clubs professionnels ont les moyens nécessaires pour assurer la sécurité dans les enceintes sportives et inculquer, via la formation, le respect au sens large aux supporter : respect de la différence (donc lutte contre le racisme), le respect des individus mais aussi celui du maillot et des clubs.

Alors que 64% des citoyens de l’UE voient dans le sport un moyen de lutter contre les discriminations, il est paradoxalement le lieu où des manifestations de discrimination raciale persistent. La violence aussi bien physique que verbale n’a pas sa place dans un stade de football, même si l’on reconnait à se dernier sa fonction exutoire. Cet argent doit donc permettre aux clubs d’accroitre la surveillance pour que de tels actes ne se produisent pas. Des campagnes de communication pourraient également être menées afin de sensibilisation les supporter aux notions de respect de soi, des autres et de la différence.

Dans le football, tous les sentiments et sensations sont exacerbés. Les joueurs peuvent être adulés indépendamment de leur couleur de peau ou de leur religion, mais dès qu’ils ne répondent plus aux attentes de leurs supporters, des propos graves peuvent être exprimés à leur sujet. Pour combattre ce mal, un aspect fondamental doit être mis en place pour ne pas laisser un supporter engagé sur la touche : intégrer une représentation des supporters au sein des instances dirigeantes.

Le think tank européen Sport et Citoyenneté encourage donc les clubs à prendre les mesures préventives nécessaires dans les stades et renforcer la répression dès que des actes racistes sont identifiés afin d’éradiquer toute forme de racisme et de violence dans les stades. Une campagne de communication coordonnée au niveau européen ne pourrait qu’augmenter l’impact sur ses comportements racistes basés la plupart sur l’ignorance et le manque d’éducation.

Inès Boutar

[1] Inscrit dans la Déclaration Universelle des Droit de l’Homme et du Citoyen de 1789

[2] Loi de 1981 sur la liberté de la presse.

[3] Il interdit également toute discrimination fondée notamment sur la race, la couleur, les origines sociales ou ethniques ou l’appartenance à une minorité nationale.

[4] Propos de Nicolas Hourcade, sociologue à l’Ecole centrale de Lyon dans Le Monde

 

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