Sport et Citoyenneté

Le milieu du handball féminin s’est enflammé il y a quelques jours autour d’une possible obligation du port de la jupe chez les joueuses.

Le 4 février, le blog « Femmes de Sport » lance sur son réseau Twitter : «La LFH et les clubs discuteraient d’une obligation de la jupette pour l’an prochain.» À ce stade, ce ne serait qu’une rumeur, mais qui crée déjà le buzz. La polémique paraît anodine de prime abord.

De nombreuses joueuses n’ont pas hésité à faire connaître leur mécontentement, dont Léa Terzi, qui évolue à Dijon. « Je trouve cela sexiste, cela nous rabaisse, nous les joueuses, à notre physique. Pendant un match, nous ne sommes pas là pour être sexy, belles ou jolies, mais pour mettre des claques à l’adversaire et gagner la rencontre ». Elle n’est pas la seule à dénoncer cette idée, puisque même les joueuses de l’équipe de Metz, qui pourtant portent la jupe depuis deux ans maintenant, soutiennent sa démarche anonymement.

À l’heure actuelle, la société tente de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes dans le sport, et surtout de diminuer l’hypersexualisation du sport féminin. Il y a un an, la Fédération internationale de volley-ball (FIVB) décidait de ne plus obliger les joueuses à porter le bikini. Cette décision représentait un pas en avant important pour combattre l’hypersexualisation de ce sport entre autres. Pourquoi faire marche arrière maintenant ? Bien que la LFH démente qu’une telle discussion soit en cours, affirmant même que celle-ci serait prématurée, elle avoue que les présidents du club ont effectivement formulé une demande. L’obligation du port de la jupette serait donc bel et bien envisagée.

Pourquoi la jupe plutôt que le short ?

Certains ont tenté d’évoquer l’argument du confort, mais le but serait plutôt d’ordre purement commercial et par intérêt pour les spectateurs. Les campagnes de communication jouent de plus en plus sur la féminité, pour attirer la presse, les sponsors et le public, mais sur le terrain, cette féminisation n’est pas la « préoccupation » des joueuses. « En voulant créer le buzz autour de la jupe on réduit nos supporters à de simples amateurs de belles gambettes. Ils sont avant tout des amateurs de sport, de handball» nous explique Léa Terzi. L’objectif était d’utiliser la jupe pour améliorer la visibilité médiatique des sportives en créant le buzz. Mais cela ne doit pas se faire au détriment des droits de la femme.

Selon l’article de Fabienne Broucaret, blogueuse sport, et Béatrice Barbusse, membres du réseau « Femmes et Sport » de Sport et Citoyenneté, aucune étude n’a démontré l’efficacité de la jupe pour attirer la presse, les sponsors et le public. Si on regarde le hockey sur gazon, les joueuses évoluent en jupe, sans que cela n’ait amélioré la médiatisation de ce sport ni même attiré de plus grands publics. Le sport n’est pas de la téléréalité : ce qui compte ce sont les compétences des compétitrices, leurs prouesses sportives, pas leurs physiques. En réduisant le sport féminin à la tenue des athlètes, on marginalise leurs succès sportifs et on accentue le phénomène de réduction des femmes à un objet de désir masculin.

Lors d’un workshop organisé par Sport et Citoyenneté et l’UEFA en mai 2012, des experts ont constaté de façon unanime que « les retransmissions des matchs de la Coupe du Monde de football féminin en 2011, tant en matière d’audience, que de mobilisation et de potentiel marketing », ont été un franc succès. Pourtant elles étaient en short… À peine quelques jours après l’annonce que le port de la jupette serait peut être rendue obligatoire, c’est le contraire qu’on annonce. Le projet a été abandonné par la Ligue féminine de handball d’après les informations de L’Equipe. Seules les joueuses de Metz devraient donc continuer de porter la fameuse jupette. Ou tout du moins, personne ne sera contraint de suivre le club lorrain sur cette voie. Ce débat n’est pas fini tout de même, ce buzz a quand même le mérite d’avoir relancé le débat sur la condition de la femme en milieu sportif…

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