Sport et Citoyenneté

 

 

Vendredi 18 septembre, la FIFpro, syndicat de joueurs de football professionnels revendiquant représenter plus de 60 000 joueurs, a annoncé, lors d’une conférence de presse, mettre en route une action contre la FIFA, devant la Direction générale de la Concurrence de la Commission Européenne à Bruxelles. M. Piat (président), M. Van Seggelen (Secrétaire général) et M. BaerHoffmann (directeur stratégique) ont présenté cette réclamation « aux termes de la loi sur la concurrence », qui attaque notamment le règlement concernant le statut et le transfert des joueurs (RSTJ), et plus particulièrement son article 17 qui autorise les clubs à exploiter les joueurs sous contrat.

L’idée principale est d’aller vers une abolition des indemnités de transfert. Les négociations entre FIFA, UEFA et FIPRO à ce sujet ne sont pas récentes : « on a tenté de trouver une solution au sein de la famille du football » affirme M. Van Seggelen, mais l’impossibilité d’un accord et peut-être les sommes astronomiques dépensées cet été par les clubs ont entrainé cette procédure. Les représentants de la FIFpro ont soulevé les raisons qui la justifient à leurs yeux.

Un système « anticompétitif, injustifié et illégal » selon la FIFpro

Le principal grief de la FIFpro est que la règlementation actuelle empêcherait les clubs de rivaliser de manière équitable sur le marché : les petits et moyens clubs seraient lésés, car seuls les grands clubs peuvent se permettre de payer les indemnités de transfert considérées comme des taxes sur l’emploi et la mobilité. Les grands clubs entretiendraient ce fait pour rester en tête, ce qui entrainerait, par corolaire de la non compétitivité des petits et moyens clubs, une impossibilité de concurrencer les grands en terme commercial ou de droits TV, ce qui entretiendrait ce cercle vicieux.

La FIFpro qui essaie de se poser, lors de cette conférence de presse, en locomotive d’un football maîtrisé, considère que la solidarité entre les clubs est rompue, car 50% des indemnisations reviendraient à un cercle fermé « de grands clubs », et 67% des transferts aux cinq « grands championnats ». Il ajoute que la règlementation aurait augmenté les inégalités, abus commerciaux et ne protègerait pas les joueurs sous contrat, notamment sur le paiement de leur salaire, par dévoiement du compromis de 2001.

Le syndicat de joueurs dénonce un « dévoiement de la réforme de 2001 »

Au sortir de l’imbroglio concernant le statut des joueurs et les transferts, certainement le deuxième plus important du football moderne après l’arrêt Bosman de 1995, il était question d’instaurer « une clause de stabilité de 3 ans pour les joueurs de moins de 28 ans, et 2 pour les plus de 28 ans, à l’issue de laquelle les joueurs peuvent se libérer en indemnisant le club sur la base des salaires restant jusqu’à fin de contrat ». Or, affirment les demandeurs, dans les faits, d’autres critères sont pris en compte qui feraient augmenter le prix de l’indemnisation due par les joueurs de manière exponentielle. Ils ajoutent que cela amène les joueurs à prolonger leurs contrats, pour remettre les compteurs à 0 aux yeux de la FIFA. S’ils refusent « c’est le banc ou autres sanctions jusqu’à signature » insiste M. Piat, pour ajouter que si les joueurs se pourvoient en justice, celle-ci serait « peu indépendante […] et quand bien même les délais (18 moi à 2 ans) seraient trop longs ». Sans s’en cacher, la FIFpro dénonce ce qu’elle considère comme une responsabilité de Bruxelles dans cette situation, considérée négative.

Une décision de 2010 avait pourtant été prise concernant la régulation des indemnisations de transferts, mais selon la FIFpro, elle ne serait pas appliquée non plus, ce qui entrainerait une « non réciprocité des droits pour la rupture unilatérale du contrat » en faveur de l’employeur, le club, qui empêcherait les joueurs de circuler comme des « travailleurs normaux ».

Le « football durable » prôné par la FIFpro

Aux questions des journalistes sur le possible effet pervers d’une suppression des indemnités de transfert : hausse des salaires entrainant le même problème de compétitivité, impossibilité pour les nouveaux clubs de devenir attractifs, maintient du flot de très jeunes joueurs venant notamment d’Amérique latine pour un salaire et des conditions de vie meilleures, la FIFpro répond par un « changement d’esprit », mêlant football soutenable et négociation collective :

« On ne doit pas avoir peur d’un football sans ce système de transfert […] les négociations collectives, des règles communes pour le marché peuvent établir une meilleure redistribution des richesses » affirment les représentants du syndicat. Leur mot d’ordre est de « mettre en balance spécificité du football et règlementation », et l’abolition des indemnités de transfert supprimeraient un facteur important de la bulle spéculative du football, et par corolaire entrainerait le retour dans le rang d’un autre des maillons de celle-ci : les agents qui se rémunèrent notamment sur les indemnités de transfert et entretiennent cette bulle. Le syndicat s’attaque en fait à l’ensemble du système du football moderne.

La FIFpro justifie son action par l’objectif plus important que serait le « passage d’un football spéculatif à un football durable, soutenable » comme l’ont rappelé mainte fois MM. Baer Hoffman et Van Seggelen. Il se place donc en défenseur de l’intérêt général du football et explique que cela passe par une suppression du système de prêt, par la restriction de taille des effectifs et par le plafonnement du paiement des agents. Le but, selon lui, est d’aller vers des compétitions plus équitables, et des joueurs déliés de contrats non soutenables (TPO[1] notamment). Rappelons que la FIFpro entend défendre avant tout les intérêts des joueurs.

 

Le syndicat affirme disposer d’échos favorables de la Commission, et celle-ci devrait prendre 6 à 12 mois pour rendre sa décision, qui, si elle est positive, entrainerait encore plusieurs mois de négociation pour trouver un accord. Il est donc encore trop tôt pour tirer des conclusions, mais la question est soulevée et l’opinion publique ne tardera pas à s’en saisir.

 

[1] Third-party ownership

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